1980 : comment je suis devenue une putain
C’est une nuit d’octobre du début des années 80… Tandis que je traverse rapidement la place des Saints Innocents pour choper le dernier métro, Vincent jette son dévolu sur moi… Et parce qu’il est insolemment beau, je renonce au dernier métro et j’accepte de le suivre au "BH", rue du Roule, dans le quartier des Halles.
L'endroit où j'entre pour la première fois est un ancien restau que le fils de la patronne, Christian Hassinger, a transformé en discothèque. Une petite backroom est sommairement aménagée dans le fond de l'établissement.
Je ne sais pas encore ce qu’est une backroom mais après avoir beaucoup bu et pour finir la soirée en beauté, Vincent m’y entraîne et m’encule tendrement dans le noir.
Vincent, je l’apprendrai bientôt à mes dépens, est infiniment vicieux mais il connaît toutes les figures qui comptent dans le Paris de l’époque et ça me fascine.
Il a presque 40 ans, 20 de plus que moi…
Lorsque nous nous baladons ensemble dans le quartier des Halles, il fait la bise à Serge Houdlette, "le Tapie des tapettes", qui s'est spécialisé dans la photo, les bars et les journaux homos. Il connaît Maurice Mac-Grath, patron du bar Le Central. Il côtoie Gérard Vappereau, directeur du Gai-Pied, magazine phare de la presse gay. Il est pote avec Maurice, le patron d’International Esthetic Men, dans la boutique duquel on trouve tout ce qu’apprécient les mecs branchés sado-maso ; il discute avec Yves Charfe de l’agence de pub LFM, spécialisée dans le commerce gay ; avec David Girard, propriétaire d’un petit empire qui commercialise du cul ; avec Yves Mourousi icone de la télé et du Paris des années 80, également patron du Look. Vincent me présente aussi à Zaza Diors, critique gay aux allures androgynes pour qui j’éprouve une troublante fascination…
Avec Vincent, j’ai soudain l’impression que ma petite vie de banlieusard décolle enfin.
Il a ses entrées partout, possède une grosse Cadillac vintage et apparemment, beaucoup de fric.
Pour être avec lui, je délaisse et mens à mes copains et copines.
Avec lui, je goûte à tout. Sexe et dope.
Pendant un mois, il me fait littéralement tourner la tête et un jour où nous faisons l’amour, je finis par lui avouer que je l’aime, que je n’ai jamais aimé personne comme lui, que j’en suis moi-même surpris, qu’il m’est devenu indispensable…
Un soir de février, il gare sa Cadillac vert piscine rue Réaumur et m’emmène dans un minuscule studio de la rue Tiquetonne…
Il y a lĂ un placard rempli de fringues de fille et Vincent me propose gentiment de me travestir.
L'idée m’émoustille et puis, je ne sais plus rien refuser à Vincent…
Nous sniffons de la coke puis il me choisit une tenue très sexy, des escarpins roses à très hauts talons, des bijoux voyants et il me maquille avec une dextérité que je ne lui soupçonnais pas…
Avec mes cheveux mi-longs, le résultat est tellement saisissant que j’ai du mal à me reconnaître moi-même. Visiblement satisfait, Vincent me considère longuement sans me toucher puis sous prétexte d’aller chercher quelque chose qu’il a oublié dans sa voiture, il me dit de l'attendre et sort…
J’attends longtemps son retour.
Peut-être une heure, peut-être deux… Je commence vraiment à m’inquiéter pour lui.
Lorsqu’il réapparaît enfin, il n’est pas seul.
Un type corpulent qui me paraît très vieux et très moche (il peut avoir la soixantaine) l’accompagne… « Je te présente M’sieur Jeannot, un bon ami à moi… Jeannot, je vous présente Mélina.». C’est la première fois que Vincent m’appelle par ce prénom.
Je suis surpris et surtout très gêné qu’un inconnu me voie dans cet accoutrement…
Mais Monsieur Jeannot n'a l'air ni surpris ni gêné.
Il me considère avec un intérêt salace.
Son visage est épais, gras, porcin, couperosé, antipathique avec de petits yeux méchants très enfoncés dans les orbites…
D'un index autoritaire, Monsieur Jeannot me fait signe de pivoter sur moi-même comme un mannequin présentant un modèle de haute couture et Vincent du regard, m’encourage à lui obéir… Quand je lui tourne le dos, Monsieur Jeannot m'arrête d'une main puissante, écarte mes fesses. Pendant qu'un majeur d'acier explore sans ménagement mon anus, Vincent s’adresse à moi sur un ton dur que je ne lui connais pas : « J'ai parlé de toi à M’sieur Jeannot. Il est venu pour t’baiser… Et j’veux que tu l’fasses pour moi ! … »... « Mais Vincent… » « Ta gueule ! »… Une énorme baffe s'écrase sur la bouche et le goût de mon sang se mélange au goût du rouge à lèvres… « Tu fais ce que j’te dis ! »…
J’ai envie de chialer mais je me retiens…
Je songe à foutre le camp mais je suis perchée sur des talons de 10 cm et je suis habillée en pute.
Et puis surtout, j’ai peur, vraiment peur de perdre Vincent à qui Monsieur Jeannot tend maintenant un billet de 200 francs.
"MĂ©lina est Ă vous M'sieur Jeannot ! Vous m'en direz des nouvelles !"
Vincent empoche les 200 balles, sort sans un regard pour moi et nous laisse seuls dans le studio.
Monsieur Jeannot commence à se déshabiller méthodiquement.
Il est laid, adipeux, assez dégoûtant, velu, pensu.
Lorsqu'il enlève le bas et que je vois enfin la taille inusitée de l'affreux sexe qui pèse lourdement sous le ventre blanc, je comprends pourquoi Vincent m'a ramené Monsieur Jeannot.
Dans sa forêt de poils grisonnants, le monstrueux chibre, un bon 20cm, commence à bander, violacé comme une varice : "Aux pieds salope !"
Je m'agenouille.
"Alors, comme ça, tu veux michetonner ?"
Avant que j'aie dit non, Monsieur Jeannot prend ma tĂŞte Ă deux mains, fermement.
"Allez ! montre à Monsieur Jeannot comment tu tètes."
Je n'en ai pas très envie mais j'ouvre grand la bouche pour accueillir l'énorme gland bleu.
Ça a un fort goût de pisse.
Et puis, je ne sais pas pourquoi, je songe que je le fais pour le plaisir de Vincent.
Alors je m'applique.
Je lèche le gland, la branche veineuse du sexe, les couilles lourdes qui puent le suint.
Et puis je commence à trouver ça bon.
Alors je m'applique encore plus.
Pour Vincent.
Pour qu'il ne cesse pas de m'aimer.
Dix minutes plus tard, la croupe bien tendue pour permettre Ă Monsieur Jeannot de plonger
et replonger son horrible braquemart dans mon ventre douloureux, je me sens inondée d'une surprenante
ivresse...
Et dans une sorte d'éclair mental, le perspective d'un avenir évident, d'un futur tout tracé m'apparaît
comme une révélation religieuse.
Je m'entends gémir :
"Encore ! Encore ! Cassez-moi le cul... S'il vous plaît !"
Et je me vois comme dans un film, dans une succession de saillies brèves et violentes, nombreuses et même innombrables.
Comme si Monsieur Jeannot devinait mes pensées, je l'entend gronder.
"Tu veux faire l'tapin, hein ? Salope, c'est ça qu'tu veux ?"
Je gémis sans répondre mais oui, c'est ça que veux. Exactement ça !
"T'aimes la bite, hein, salope !? T'en veux plein des coups d'gourdin, hein chiennaaaasse !?"
Il écarte violemment mes fesses pour regarder mon anus déformé par le bélier de son sexe puis il crache dessus sans rater sa cible..
"Ah quel cul tu as ma cochonne ! Il a raison Vincent..."
Je gémis de plus en plus fort parce que je sens monter le spasme de la jouissance anale.
"Tu as quel âge, petite morue ?"
"20 ans"
"Tu veux dérouiller pour Vincent ?".
"Ouiiiii...Si il me demande... Ouiiiii...".
"Il a pas à te demander ton avis, poufiasse ! C'est lui qui décide ! T'as rien à dire !"
Je râle de plaisir parce que la jouissance s'est emparée de moi et qu'elle parcourt mon corps du nombril aux hanches, du bout de mon gland à l'auréole écartelée de mon trou du cul, des profondeurs de mon ventre jusqu'à mes genoux.
"Et tu vas être une bonne petite gagneuse, hein pétasse, chienne, morue, traînée, roulure !?".
Et il accompagne chaque mot en me claquant mes fesses en bombe.
"Ouiiiii... Ouiiiii... Ouiiiii..."
J'ai 20 ans.
Et je viens de devenir une putain.
11 years ago
j'Ă©cris en fonction des images qui me reviennent sans tenir compte de la chronologie... Mais je compte bien boucher les trous peu Ă peu entre les Ă©pisodes