Les victimes de harcèlement sexuel donnent de la v

Des entreprises privées en passant par la fonction publique, les harcèlements sexuels présumés engendrent souvent dans leur sillage des mises à l’écart. Avec la libération de la parole, les témoignages se multiplient.

Madeleine n’a plus peur. Après des mois de souffrance chez Adrexo, elle a décidé de briser la loi du silence : « Je n’ai pas à avoir honte, ce n’est pas moi qui ai provoqué les choses. » À l’image des actrices de cinéma qui ont dénoncé les v******es sexuelles du producteur hollywoodien Harvey Weinstein et des milliers de femmes qui témoignent sur les réseaux sociaux via les hashtags #balancetonporc et #metoo, la sexagénaire employée de la société de distribution d’imprimés publicitaires a décidé de ne plus se taire. Recrutée il y a un an, la cantinière retraitée comptait arrondir ses fins de mois grâce à son temps partiel sur le site de Bondoufle (Essonne). À la place, l’enfer s’ouvre sous ses pieds. « Dès le début, mon supérieur hiérarchique m’a fait des compliments, raconte-t-elle d’une voix blanche, mais après, il essayait systématiquement de m’embrasser sur la bouche en me disant bonjour, de me peloter les seins. Il me pinçait les fesses en disant : “Pour ton âge, elles sont encore fermes.”  Un jour, j’étais appuyée contre une table et il a simulé l’acte sexuel devant moi. » Elle décrit ces scènes comme quotidiennes et répétées : « J’étais dans la cuisine et il venait me coincer, je hurlais, il me disait chut, mais moi je voulais que tout le monde le sache ! Je crois que le moment le plus gênant, c’est quand il a touché son sexe en érection à travers le pantalon et qu’il m’a dit que c’était très douloureux. Je lui ai dit qu’il était malade. »

Face à la multiplication des atteintes à sa personne, Madeleine reste sidérée. « Je n’en revenais pas, il venait de se marier pour la troisième fois… Il m’appelait l’huître parce que j’étais fermée, plus je disais non, plus ça l’excitait. Je ne voyais pas comment m’en sortir. J’étais très angoissée. Je pensais aller donner ma démission et en même temps j’avais peur de perdre mon travail. C’était devenu invivable. » C’est la boule au ventre qu’elle se rend au dépôt jusqu’à ce qu’un délégué du personnel devine son malaise. Elle craque et peut enfin tout raconter. Fin juillet, l’élu déclenche immédiatement un droit d’alerte. Madeleine commence à sombrer : « Je suis mise en arrêt maladie, je prends un traitement de cheval et maintenant, je suis en droit de retrait. Je ne peux pas retourner travailler dans ces conditions. » Dans la foulée, elle porte plainte contre son supérieur. Une commission d’hygiène de sécurité et de santé au travail (CHSCT) extraordinaire décide le 27 septembre dernier de diligenter une enquête. C’est là que la situation prend un tour encore plus étrange. Le lendemain de la réunion, le PDG du groupe Adrexo arrive à Bondoufle et notifie au responsable du dépôt, Rachid Oudghiri, également représentant syndical SUD PTT, sa dispense d’activité. Écarté sans ménagement, le RS n’en revient toujours pas de la v******e de cette décision : « J’étais scotché. Je m’attendais à un retour de bâton, mais pas à ça. Pendant le CHSCT, les dirigeants voulaient écarter de la commission d’enquête les deux délégués du personnel SUD qui avaient donné l’alerte, je leur ai rappelé leurs obligations légales. Ils n’ont pas arrêté de répéter qu’ils n’avaient pas d’éléments sur ce cas de harcèlement. On sait que dans ce genre d’affaire, les vidéos, les enregistrements, ça n’existe pas. Dès que Madeleine m’a parlé de ce harcèlement, nous avons pris les choses au sérieux. »

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Published by chevalfougueux
7 years ago
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